Thursday, 20 October 2016

L'Innu(e), Une Langue ou Un Peuple?

Pourquoi apprendre d'autres langues? Jusqu'où pouvons-nous comprendre les autres sans comprendre leurs langues? À quoi sers l'apprentissage de notre langue maternelle et celles des autres?

Partir de la langue innue pour montrer comment une manière d'exprimer d'un peuple peut être étroitement liée à leur manière de se dire.

Aueshish-Innu-aimunLors de mes études à Rome, on s’amusait de ceux qui ne voyaient pas la nécessité d’apprendre les langues étrangères, sur prétexte que ce n’est pas toujours nécessaire.  Quand on se demandait, par exemple, comment on appelle ceux qui parlent deux et trois langues ? Tout le monde répondait bilingues et polyglottes mais quant à ceux qui ne parlent qu’une seule langue on disait qu’ils sont Américains (sic).DSC_0143 Bien sûr on faisait allusion à quelques étudiants américains qui ne voyaient pas l’utilité d’apprendre l’italien qui leur servait peu. En ce temps, j’étais aussi parmi ceux qui pensaient que le but d’une langue n’était que pour la communication interpersonnelle. Cependant, aujourd'hui, je commence à mettre en doute cette manière simpliste de voir la langue.  

Grandissant, j’ai dû d’abord apprendre à m’exprimer en ma langue maternelle, l’Igbo. Parti à l’école, j’ai appris l’anglais qui est la langue officielle de mon pays, le Nigeria. Pour ma formation missionnaire, j’ai aussi appris, d’abord le français, et puis l’italien ainsi qu’un peu d’espagnol. Mais ce qui est étonnant c’est qu’au cours de toutes ces années, je n’avais jamais bien compris que la langue n’était pas seulement un outil servant à communiquer entre les personnes. Peut-être parce que toutes ces langues, ma langue maternelle d’une manière partielle y compris, ont leurs grammaires construites à partir du latin et du grecque. Cependant, mon contact avec la langue innue m’a amené à me rendre compte du peu de connaissances que j’avais de ce que c'est qu’une langue.

Wednesday, 12 October 2016

L’origine de la crise d’autorité des leaders religieux by Ali C. Nnaemeka, OMI

Depuis quelques décennies, toutes les institutions religieuses, surtout en Occident, s’interrogent sur l’absence des jeunes dans leurs activités. Plusieurs hypothèses sont avancées parmi lesquelles deux sont plus évoquées. La première hypothèse soutient que les jeunes d’aujourd’hui sont moins religieux et la deuxième postule qu’ils sont moins attirés par la manière dont les célébrations sont organisées. Ce qui est vraie c’est qu’il y a une ligne droite entre les deux. S’il semble que les jeunes sont moins intéressés à la religion, ce n’est peut-être pas parce qu’ils sont moins DSC_0198religieux mais parce qu’ils se sentent étrangers dans les milieux religieux. Et la raison de leur indignation n’est pas seulement liée à nos célébrations mais tient peut-être plus au modèle de leadership de nos institutions. Raison pour laquelle nous voudrions examiner l’origine de ce fléau.

La société nous a toujours fait croire, à tort, que pour être un bon leader, il faut être fort. Cette idéologie a fait naître des monstres au nom de leaders. Et comme le pouvoir, vu dans cette optique, n’est jamais assez, ces leaders, comme des bons princes machiavels, se sont livrés à amasser autant de pouvoir que possible, au détriment de leurs sujets. Au début de l’ère Chrétienne ce modèle du leadership n’était que le propre de la société séculière ce qui faisait que seulement les empereurs et les rois qui se rivalisaient afin de mesurer leur pouvoir.

Les leaders religieux, quant à eux, avaient une autre perception du leadership. Pour eux, ab initio, le modèle de leadership était celui du serviteur. Pour des leaders chrétiens, par exemple, le modèle du leadership était celui du berger ou pasteur dépeint comme le serviteur souffrant. Ce modèle de leadership était choisi non parce qu’ils aimaient la souffrance mais parce qu’ils savaient que pour leur maître, le pouvoir d’un leader ne vient pas de sa force mais plutôt de sa capacité d’être charismatique et visionnaire.

DSC_0223Ce modèle du leadership chrétien n’a malheureusement pas résisté au piège de l’époque médiévale, car les pasteurs se sont rapidement mis à imiter les princes et les empereurs ; ils ont adapté le style de vie des princes et des empereurs. Et ce modèle, une fois entré dans le fonctionnement des communautés et sociétés religieuses, a totalement changé le rôle et l’image des pasteurs. Ils se sont transformés de ceux qui servent à ceux qui se font servir. Ou de missionnaires en curés, pour utiliser une expression qui m’est chère. Et après avoir goûté au pouvoir inspiré non pas par le charisme et la vision, mais plutôt par la force, ils y sont restés pour plusieurs siècles. Et de génération en génération, ils ont continué à transférer ce savoir-faire jusqu'à ce que la société se soit finalement rendu compte de cette vulnérabilité masquée dernière la religion, et tout d’un coup, comme un tonnerre, les gens ont commencé à déserter les lieux dits religieux. Les leaders religieux, ainsi livrés à eux-mêmes et à la recherche d’un royaume perdu, étaient démasqués et ainsi a commencé la crise de leur autorité.

Et jusqu'à aujourd'hui, au lieu d’accepter cet « échec heureux », beaucoup continue toujours à rêver de retourner à un modèle qui n’a jamais été le leur. Ont-ils peur de redevenir humains ? La société les a-t-elle trop longtemps placés sur un faux piédestal et habillés sur un régal emprunté qu’ils ont oublié leur vraie nature ? Peut-être l’heure a-t-elle sonné pour que les pasteurs redeviennent humains. Peut-être que la société, surtout les jeunes générations ne veulent plus des « super-humains » comme leurs pasteurs. Ils veulent peut-être des personnes, aussi faibles qu’elles soient, pourvu qu’elles soient vraies, visionnaires et charismatiques. Ils veulent avoir cette possibilité de les regarder directement dans les yeux et de leur dire que leurs célébrations n’étaient pas à la hauteur ; ils veulent leur dire ce qu’ils apprécient dans leur manière de diriger la communauté ainsi que ce qui leur déplaît. Bref, le problème n’est peut-être pas celui de la jeune génération ; il n’est peut-être non plus celui des communautés chrétiennes. Aux pasteurs donc de chercher d’où vient la chute de l’autorité des pasteurs.

 Ali C. Nnaemeka, omi (mekaalison@gmail.com) ''The truth might be hard to say, painful to bear or even drastic for the truth sayer but still needed to be said''. Alisonomi.

 

Sunday, 9 October 2016

L’amour de ma vie s’est envolé vers le Seigneur

 Une oraison funèbre lu par ALI Nnaemeka, OMI, aux funérailles de Mme Theresa Mamah, le 9 Octobre, 2015.


 Engravé sur mon cœur est, et toujours restera, ce soir-là, que j’ai reçu la nouvelle de ton départ solennel et inattendu. C’était d’abord comme une blague ou une joke (comme on dit au Québec). Et puis, je le sentie comme un tonnerre, et comme un enfant, j’étais tellement confus que je ne savais plus quelle langue j’attendais. C’était seulement quand mon grand frère a pris le téléphone pour confirmer ma peur que j’ai su que c’était loin de blague. 
Hypnotisé, j’étais si déconcerté que je ne savais pas si je devrais rire ou crier fort. Je souhaitais, en réalité, d’être en plein milieu d’un rêve. Et tout d’un coup, je me suis rendu compte que l’amour de ma vie s’est vraiment envolé vers Le Monde où nous ne vieilliront jamais.
Maman, tu auras voulu que nous ne pleurions pas ton départ précoce, mais qui, a notre place, restera indifférent ? Qui supportera la perte d’une icône comme toi et rester non perturbé ? Qui sera désormais cette mère, cette mamie, nièce, sœur, amie, etc., exemplaire que tu étais ? Tu ne nous laisse sûrement pas seuls, mais tu seras toujours irremplaçable et aussi inoubliable.
Tu sais bien que le moment préféré de ma vie est mon temps des vacances, et ce n’était jamais seulement à cause des vacances mais parce que tu étais toujours là, avec ton sourire accueillant et plein d’amour. Tu n’étais jamais prise au dépourvu car tu étais toujours là pour accueillir chacun de nous avec nos plats préférés. Et toujours, avec ton regard expressif et plein d’amour, tu nous demandais si nous étions rassasiés ?
Maman, ta relation personnelle et impartiale avec chacun de nous, nous manquera à jamais. Tu ne le savais sûrement pas mais ta relation profonde avec chacun de nous faisait que chacun se sentais le bien-aimé. Impossible de savoir qui au fond venait avant qui dans ton cœur de maman. Une maman qui nous encourageait et nous réprimandait toujours avec amour.
Tes petits enfants étaient toujours plus à l'aise avec toi que leurs propres mères. Ils trouvaient toujours l’occasion pour rester avec toi.
Tu étais, pour tous ceux qui te connaissaient, une grande inspiration et pour les personnes en difficulté, une voix réconfortante. Maman, si ce n’était pas pour notre foi à la résurrection, nous notre monde saura été effondré.
Mais, même si je sais que tout n’est pas fini, je ne peux pas ignorer qu’il y a une chose qui ne sera jamais la même. Mon nom NNAEMEKA (Dieu a bien fait) qu’il n’y avait que toi qui savais comment le faire prendre chair, à chaque fois que tu le prononçais, va pour toujours perdre une telle sensation.
Ladode (Adieu), Maman Bene ! Tu es désormais notre ambassadrice !
ALI C. Nnaemeka, OMI

Ali C. Nnaemeka, omi (mekaalison@gmail.com) ''The truth might be hard to say, painful to bear or even drastic for the truth sayer but still needed to be said''. Alisonomi.